samedi 11 juillet 2015

La Bande-dessinée de guerre et de reportage - lundi 6 juillet 2015

Par Raphaël, avec les relectures attentives de Stéphane et Delphine.

Réunion du lundi 6 juillet 2015


Pour cette dernière réunion avant les vacances d’été, nous avions décidé d’organiser un café-Bd en deux parties : la première à l’espace jeunes avec l’aide de Jean-Philippe et de Pauline, la seconde à notre fidèle QG du P’tit bonheur où François et Elena nous ont accueillis avec toujours autant  de chaleur.

C’est donc d’abord vers 18h que nous nous sommes retrouvés à l’espace jeunes pour visionner des extraits d’un film documentaire sur la Bd (La Bd s’en va-t-en guerre de Mark Daniels) et en débattre entre générations ; le but de cette séance étant de réunir adolescents et adultes autour de la Bd engagée et plus spécialement de la BD de reportage et de guerre.
        

Disons le simplement : nous n’avons pas fait le plein d’ados comme nous l’espérions puisque seuls Tristan, Victor, Ismaël et Noah ont répondu présent. Merci à eux ! On peut toutefois voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide et conserver la même foi qui nous anime depuis ce soir de janvier 2015 et notre premier « succès renversant » : nous semons des graines de culture, que chacun accueille selon des envies du moment, avec l’espoir qu’elles germeront ici ou là, aujourd’hui ou (après) demain.
Les bonnes surprises sont venues du côté des « grands » : avec sa 3e participation consécutive Tristan a complété sa carte de fidélité déjà bien remplie et  a signé un superbe hat-trick que les amateurs apprécieront. Cyril, dessinateur de manga et ami de Stéphane n’a pas manqué le rendez-vous et surtout le cercle s’est agrandit puisque nous avons eu le plaisir d’avoir Catherine (venue comme Cyril et Delphine avec de bien belles Bd !) et Philippe parmi nous.


Drôle d’idée de lire des Bd de guerre… Ne sommes-nous pas suffisamment envahis au quotidien d’images violentes des différents conflits (Afghanistan, Russie/Ukraine, Israël/Palestine, Syrie, Irak) et attentats terroristes qui donneraient plutôt envie, selon la formule de Stéphane Eisher de « déjeuner en paix ». Sauf qu’une Bd de guerre n’a rien à voir avec un reportage de 2mn du journal de 20h, pris entre la hausse des prix des légumes et les résultats de foot de PSG. Et encore moins l’image ludique de la guerre diffusée par les jeux vidéos ou les films à grands spectacles. Une Bd de guerre est une plongée lente et contextualisée au sein d’un conflit, au sein d’une population civile, à la découverte d’une culture, d’un pays, de ses paysages, de son histoire, de ses enfants martyres. Comme l’indique Patrick Chappatte, dessinateur-reporter pour le journal suisse Le Temps, « c’est à travers une personne, c’est à travers un mort, qu’on comprend une catastrophe collective ». Les deux maîtres mots de la Bd de guerre sont alors subjectivité (le conflit passe par le regard du dessinateur et par la voix des victimes qu’il fait témoigner) et empathie (se mettre à la place de l’autre, pour ressentir d’aussi loin que l’on se trouve quelles peuvent être ses émotions, ses peurs, ses joies liées à ses conditions d’existence).

Le documentaire aborde ainsi différents conflits à travers le travail d’une douzaine de dessinateurs-trices. Les principaux conflits contemporains (Irak, Afghanistan, Israël-Palestine), mais aussi les horreurs des guerres passées (la Shoah, Hiroshima, la guerre en Bosnie, le conflit Liban-Irak, la révolution islamiste iranienne). Que représentent-ils pour nous aujourd’hui au-delà de quelques chiffres, dates et images de livres d’histoire ? Keiji Nakasawa a vécu à 6 ans l’horreur de la bombe atomique lancée sur la population civile d’Hiroshima. Un bilan de 80 000 morts, et l’image d’un champignon atomique c’est très abstrait. Alors quand il dessine dans un manga, Gen d’Hiroshima, son histoire personnelle, le lecteur est pris de terreur à la vue de ses êtres dessinés aux corps en train de fondre. « Je voudrais que les jeunes lisent Gen d’Hiroshima et qu’ils réfléchissent à l’horreur de la guerre et de la bombe atomique. » écrivait K. Nakasawa (1939-2012) peu de temps avant son décès.

  
          Keiji Nakasawa


La discussion engagée par Tristan et Philippe sur l’impact des images du manga en comparaison des images filmées des rescapées de la bombe atomique montre que son vœu ne restera pas lettre morte.

Que reste-t-il d’une première incursion dans la Bd de reportage ? D’abord l’idée – la trace - pour les ados et pour les néophytes de ce genre littéraire, que la Bd est un art à part entière qui peut aborder les sujets les plus graves et les plus sérieux. Quand Maus d’Art Spiegelman – qui traite de la Shoah - reçoit le prestigieux prix Pulitzer en 1992, la Bd acquiert d’un seul coup une légitimité nouvelle qu’on ne lui avait jamais accordée. Ensuite, que la guerre fait surtout des victimes parmi les populations civiles, et que seul un travail de terrain permet de faire exister ces souffrances et drames invisibles. Enfin, que la Bd de guerre est une porte d’entrée vers la connaissance, car si, comme le dit Joe Sacco, personne n’aurait le courage d’ouvrir un essai de plusieurs centaines de pages sur les techniques de torture, la force visuelle d’une Bd et l’empathie pour ses personnages peut nous intéresser à ce sujet.

***

Après cette riche introduction sur la Bd de guerre, nous nous sommes retrouvés entre adultes au P’tit bonheur vers 20h30 pour prolonger la discussion… et animer le débat d’un bon verre de cidre ou d’une bière du pays. Nous y avons été rejoints par Gaëlle et Aimé, autres fidèles du rdv littéraire de Le Verger, et par François qui a su trouver du temps pour nous accompagner dans nos échanges et inévitables digressions. Une tablée d’une dizaine de personnes un soir d’été, réunies par l’envie de partager des lectures, des films et des points de vue sur l’histoire ou sur la vie c’est un beau cadeau qu’il faut savoir apprécier ! C’est donc au milieu d’un bel enthousiasme que François nous a parlé de la Bd Il était une fois en France, dont le tome 1 est à la bibliothèque. Cette série en 6 tomes qui raconte l’histoire trouble d’un affairiste pendant la seconde guerre mondiale mérite le détour. Que Cyril et Stéphane aient connu au lycée le dessinateur Sylvain Vallée n’en est que plus attachant.


                          
                                                  

De son côté Aimé a mis à l’honneur les Idées noires de Franquin, tandis que Delphine, fibre écologique  oblige, nous a fait rire avec Il faut tuer José Bové de Jul (l’auteur de Silex and the City). Catherine a fait prendre l’air à sa bdthèque. Si elle lit ce blog, je voudrais qu’elle sache que même en ne l’ayant côtoyé qu’une petite soirée, j’ai déjà une grande affection pour la lectrice éclairée qu’elle est. Imaginez sur une table Palestine (Joe Sacco), Le cri du peuple (Tardi), Là où vont nos père (Shaun Tan), Le photographe (Guibert-Lefèvre), d’autres albums du même tonneau (Astérix chez les Bretons…) et une Bd sur le Chili dont je n’ai malheureusement pas noté le titre et l’auteur, et vous aurez un bon portrait crayonné de Catherine.

            Ça y est, j’ai écrit plus de deux pages et on me dit déjà que je ne serai pas lu. Trop long bien sûr. J’abrège alors en regrettant de ne pas avoir abordé les digressions sur la collection bd-jazz, sur les films de John Cassavetes et de Wim Wenders, sur nos réflexions sur l’antisémitisme d’hier à aujourd’hui, sur le théâtre et sur tout ce que j’ai loupé en bout de table ou tout ce qui ne me revient plus alors que mes doigts dansent sur le clavier.

            En quittant le bar nous nous sommes attardés dans la douceur du soir pour discuter du prochain café-littéraire. Le thème du théâtre pour la rentrée ? Pourquoi pas... Une lecture d’été commune est suggérée : Cyrano de Bergerac. Une soirée jeux est également en préparation avec François. Bref, des projets plein la tête pour occuper l'été.



mercredi 8 juillet 2015

Littérature et Cinéma [II] - 19 juin 2015

- par Stéphane, mise en image et correction par Raphaël et Delphine- 

Cinéma, 2ème ! (« clac ! »)

 Lors de cette dernière séance, nous avons commencé nos discussions par François Truffaut. L’exposé de Raphaël fut détaillé, enrichi d’anecdotes et motivant. Maintenant, Truffaut je kiffe alors qu’avant je savais juste que c’était un gars qui portait le nom d’une jardinerie sans se plaindre. 

Après « Gatsby le magnifique » présenté par Gaëlle et « La croisée des mondes » proposé par Geneviève, il y eut quelques digressions du côté de « Game of thrones » , Martins Amis, Perceval le Galois, Excalibur et la forêt d’émeraude, l’écume des jours et le jazz, une parenthèse « Dirty Dancing », le chat, une 4 L, le lapin et le léopard (ou la panthère...), mais surtout le chat...et deux grenouilles pour finir avec Luis Sepulveda et « Le vieux qui lisait des romans d’amour » et revenir aux lecteurs que nous sommes.
Encore une fois, nous avons appris beaucoup de choses sur les auteurs (des livres et des films), sur leur histoire et celles de leurs œuvres. Malheureusement, c’était à mon tour de rédiger le compte rendu et j’ai seulement retenu qu’on s’était bien marré et qu’encore une fois c’était difficile de se quitter. Heureusement, j’ai pris des notes...
... parce qu’au moment où Delphine m’annonce, en plein milieu de séance, que c’est à moi de rédiger le compte rendu ce coup-ci, j’ai tout de suite compris  qu’il serait bien moins étoffé que celui qu’elle avait fait pour la dernière rencontre. A ce moment-là de la soirée, mon attention se portait sur le fait que Truffaut, non seulement n’est pas une jardinerie, mais aussi que c’était un gars qui faisait des films pour pécho. 



Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai, pas que pour ça... Il en fait aussi, sans doute, pour gagner du pognon, comme Audiard père quand il l’avouait à Blier père, dans une interview que j’ai vue il y a peu. 






 



Heureusement que Raphaël et Delphine avait potassé et que le reste de l’assemblée avait une culture générale assez étoffée pour suivre ! 

Du coup, je reprends mes notes.
Hem, Hem. 


Note n°1 : Truffaut rime avec pécho, mais aussi avec frigo. Bon, j’avoue, j’ai pris note de ce qui me passait par la tête. N’empêche, je me rappelle bien quand je l’ai prise celle-là. C’était lorsque nous sommes rentrés après avoir passé un moment en terrasse où Raphaël nous avait raconté la vie de Truffaut, depuis son enfance avec un père absent et une mère bancale, jusqu'à sa rencontre avec un gars important (mais là je n’avais pas commencé à prendre des notes, alors son nom...) qui l’avait pris sous son aile après qu’il eut eu (cocotte !) des déboires avec la justice et l’armée sans pour autant avoir commencé à boire. Tout ce que racontait Raphaël montrait comment cette vie avait influencé le cinéma de Truffaut ; c’était propice à nous faire découvrir Truffaut sous son vrai jour, comme l’un des premiers auteurs d’un cinéma simple, bien que littéraire, qui met le spectateur au contact de la vraie vie. 

L’histoire de Jules et Jim, par exemple. Ce trio amoureux explore les ressorts de la séduction et la puissance des sentiments.  Ce dont je me souviens, c’est que la réalisation du film et le livre dont il est tiré (Jules et Jim (prononcer Djim) de Henri Pierre Roché) sont liés à des histoires d’amour pour de vrai. Les trois personnages correspondent à l’auteur du livre (qui serait Djim), son ami (qui serait Jules (et l’aïeul de Stéphan Hessel) et la femme dont ils sont tombés amoureux (qui serait la mère de Dominique Strauss Kan, ça ne s’invente pas). Côté caméra, Truffaut propose Jeanne Moreau à l’auteur  pour jouer le rôle de Kate. L’auteur accepte juste avant de mourir. Truffaut est vachement content, parce qu’en fait il est amoureux de Jeanne Moreau dans la vrai vie. Et Filmer une femme avec un regard amoureux, pour pécho c’est quand même cool.
C’est bien ce que je disais.





Note n°2 : Robin Hobb (c’est une fille) ; « l’assassin royal » ; « Le soldat Shaman », Le Parfum intense... après une légère digression par cette auteur à la Tolkien, nous revenons au choix de Geneviève qui nous parle de « La croisée des mondes » de Philip Pullman et nous emmène dans un multivers où les humains sont reliés dès la naissance à un dæmon ( animal qui leur tient lieu de conscience et dévoilent leur pensées intime).  
La trilogie originale, composée des livres Les Royaumes du Nord (1995), La Tour des anges (1997) et Le Miroir d'ambre (2000), suit l'aventure de deux adolescents, Lyra Belacqua et Will Parry, qui traversent des univers parallèles en vivant une série d'aventures épiques.

Une adaptation du premier roman est sortie en 2007 :  "A la croisée des mondes: la boussole d’or » de Chris Weilz. Dans cet épisode, des enfants disparaissent mystérieusement  et l'histoire emmènera Lyra munie de son aléthiomètre et accompagnée de son daemon à travers le Grand Nord pour déjouer les desseins de la terrifiante Marisa Coulter, interprétée par Nicole Kidman. 

                 

Les amateurs déplorent l’absence de suite. 








Rien à voir avec Truffaut.





 
Par contre, juste avant de parler de cet univers, Delphine en a remis une couche avec l’histoire des 2 grenouilles : « attention une voit... Pwfiout ! » « Où ça une voi...pwfiout ! »
Entre ça et la coupelle de lait pour le chat de « La nuit américaine » de Truffaut (ben si en fait ça a à (célèbre groupe des années 80) voir), on a bien rigolé ; du coup j’ai survolé pas mal de choses concernant l’univers complet pour adulescent de Robin Hobb.

Note n°3 : brèves de comptoir littéraire.
« Le streaming, c’est complètement interdit ». « Recto-verso, c’est plus écolo ». « L’écume des jours, fallait pas l’adapter... » y’avait pas besoin, et pour plein de raisons en rapport avec le jazz qu’Aimé et Raphaël ont drôlement bien expliqué. Dommage que ce ne soit pas eux qui aient fait le compte rendu...

Note n° 4 : Folio a édité une série qui associe un livre et un DVD.

Note n°5 : il est 23h00, une 4L passe...On parle de la mauvaise adaptation de « l’écume des jours » de Boris Vian par Gondry. Et je cherche une rime pour Fitzgerald. Lui aussi il raconte une histoire d’amour pas commune dans "Gatsby le magnifique" . 
Autant pour Truffaut, je n’ai pas eu de mal, autant pour Fitzgerald, je rame. On trouve la HALDE : Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité. Ça rime, mais je rame deux fois plus pour faire le lien avec un équivalent de pécho... 

Plus sérieusement, Gatsby est un de ces amoureux hors du commun qui, incarné par Robert Redford, montre la puissance d’un sentiment vrai et partagé. Sur fond de lutte des classes entre nouveaux riches et noblesse dans l’Amérique de la prohibition, le roman de Fitzgerald et le Film de Jack Clayton montrent le cheminement du sentiment amoureux à travers les codes sociaux d’une époque.
Une autre adaptation portant un autre regard sur le héros a été réalisée par Baz Luhrmann  en 2013 avec dans le rôle principal Leonardo DiCaprio (mais en vrai, le mieux, c'est celui avec Robert).




Note n°5 ¼ : parenthèse  Dirty dancing. Par souci de préserver la vie privée des protagonistes présents autour de la table et notamment la mienne, je ne développerai pas ce passage de la soirée. Time of my life... (pour les connaisseurs) 

Note n°6 et suivante : L’encyclique du Pape, le chat, le chien, le jaguar, le lapin, le frigo, une estrelle. Ceux qui sont venu comprendront (enfin, j’espère).

Note n°7 : Pour conclure je propose de parler du  vieux de Luis Sepulveda. On évoque l’Amérique latine, l’anthropologie, la mixité culturelle entre naturalistes et totémistes, la forêt d’émeraude de John Boorman (qui a aussi réalisé l’excellent  Excalibur ), la source des légendes et notre rapport au monde en tant qu’être humain. 
Le vieux qui lisait des romans d’amour, c’est d’abord un livre, puis une adaptation australienne de Rolf de Heer avec Richard Dreyfus dans le rôle du vieux que l’on voit lire dans sa cabane des romans à l’eau de rose qui l’émeuvent et le transportent, le soir à la bougie, même après avoir tué une femelle jaguar qui semait la panique dans le village.


        


Ce vieux qui lit nous sert de transition entre l’univers du cinéma où nous nous sommes aventurés durant deux séances et celui de la lecture dont nous partons toujours. 
Nous voici donc revenus aux lectures qui nous emmèneront lors de notre prochaine rencontre dans l’univers de la bande dessinée, le lundi 6 juillet à partir de 18h00 à l’espace jeune du Verger.

Note n°8 : Aux lecteurs du blog qui ne sont pas encore venus. La prochaine fois, venez : c’est mieux en vrai !


P.S : la musique de la forêt d’émeraude est de Brian Gascoigne et Junior Homrich. 








lundi 1 juin 2015

Littérature et Cinéma [I] - vendredi 22 mai 2015


Réunion du vendredi 22 mai

- par Delphine -


                Vendredi soir,  il est  un peu plus de 19h quand nous entamons notre 3e café littéraire au bar du petit bonheur sur la thématique 


  littérature et cinéma 



                                                                                         ou, 
                           
                            pourquoi et comment  un cinéaste adapte un roman sur grand écran. 
 

            Cette fois nous avons eu en renfort les graines de lecteur du Verger. En marge de  notre café  on a vu émerger le  café « off ».   
Nils, Anton , Zélie, Cléa, et Luc ont décidé de nous accompagner pour animer leur premier « soda littéraire » .  Entre deux gorgées de diabolo il était donc question d’univers fantastiques peuplés d’animaux guerriers doués de pouvoirs magiques ayant à lutter pour leur survie  (La guerre des clans  d’Erin Hunter,  animal tatoo   de Brandon Mull), d’aventures adolescentes sous forme de  « road trip » burlesque ( Goodbye Berlin  de Wolfgang Herrndorf) et des secrets des châteaux forts dévoilés par kididoc Les diabolos terminés, les tartines englouties, le "off" s’est terminé clandestinement en cache-cache géant sur le parking de la bibliothèque (on taira le pantalon troué). 


Good Bye Berlin par Herrndorfla guerre des clans
 
              




Côté adulte, la discussion a commencé sur le zinc entre François, Stéphane et Raphaël et s’est poursuivie un peu plus tard avec Jean-Réol et moi-même, rejoints assez vite par Gaëlle puis Tristan. La table « Antonín Dvořák» a alors été investie par notre fine équipe avec au menu : des livres,  des DVD, de la bière, du cidre, du jus de fruits, toujours les savoureuses tartines et l’envie de partager nos lectures.

     Délaissés par les membres du café « off », les univers fantastiques et d'heroic-fantasy se sont une fois de plus invités, mais à la table des grands cette fois. 
JRR Tolkien était attendu, il n’a pas manqué au rendez-vous. L’adaptation cinématographique très controversée de la trilogie du Seigneur des anneaux faite par Peter Jackson et présentée par Stéphane nous a questionnés sur les représentations très personnelles d’un univers romanesque et leur projection à l’écran. Les images et les traces laissées à la fin d’un livre sont propres à chacun en raison de son vécu et sont d’autant plus intimes lorsqu’il  s’agit d’un monde irréel. Ces représentations ne sont pas toujours en phase avec l’imaginaire du réalisateur qui décidera de traiter le sujet avec son imaginaire propre, ses priorités narratives, ses contraintes de temps et probablement des impératifs de rentabilité commerciale.
Nous avons débattu un long moment sur la partie traitant des Ents (les esprits de la forêt à apparence d’arbres dans la terre du milieu du seigneur des anneaux). Ces géants ont notamment la particularité d’être très lents, de prendre le temps des décisions en employant  un langage lui aussi très lent et nuancé. Dans le roman cette suspension du temps est palpable mais le traitement du temps qui module selon l’endroit et les personnages a dû représenter une grande difficulté pour Peter Jackson puisque le  rapport au temps est différemment exprimé selon qu'il s'agisse d'un film ou d'un roman. Un roman se lit, se pose, on peut le reprendre, ralentir le débit de lecture ou l’accélérer. Au cinéma, le réalisateur doit user de subterfuges pour restituer ces sensations essentielles au respect de l’histoire.
De nombreuses références littéraires et historiques apparaissent dans  le seigneur des anneaux. S’attaquer à ce monument littéraire n’était donc pas sans risque.  Pour preuve, il semble qu’il y ait eu de nombreuses tentatives d’adaptation sur grand écran du seigneur des anneaux, dont des films d’animation. Toutes ont été un échec et ce sont les progrès en image de synthèse qui ont très certainement contribué à sa mise en œuvre. Les trois volets ont été diversement accueillis néanmoins le  dernier a été récompensé par onze Oscars

                                

    

 D’autres films ont étayé les discussions :  Bilbo le Hobbit  roman de 300 pages passé en trilogie au grand écran a été défendu par François, Le Monde de Narnia, Arthur et les minimoys  par Gaëlle, Eragon et Game of thrones ont été évoqués par Tristan.  

L’autre point d’adaptation soulevé était le format : La série télévisée a-t-elle un avantage sur le long métrage de par son format ? Permet-elle de restituer toute la complexité des personnages et la richesse des intrigues permises par le format papier du roman (ex, Nicolas Le Floch la série télévisée française adaptée de plusieurs romans policiers de Jean-François Parot  dans laquelle sont développées des événements historiques et des intrigues policières du Paris du XVIIIes.)

D'autre part, la thématique des films mettant en scène des rituels de passage vers d’autres mondes imaginaires est fréquemment rencontrée en littérature (on pense à Alice au pays des merveilles) comme au cinéma. Elle permet aux personnages de basculer dans un « ailleurs » (Matrix de L. et A. Wachowski…), un monde passé (inception de C.Nolan, …) ou bien un monde imaginé dans l’esprit du héros (la vie est belle  de R. Benigni, dans lequel les camps de concentration deviennent un jeu grandeur nature pour protéger le jeune garçon). Il était intéressant de se poser la question des différents procédés utilisés par les réalisateurs pour y parvenir, tant au niveau de la narration que par des procédés techniques. 
La direction d’acteur, les dialogues, la lumière , le son, le mouvement de caméra , le cadrage , le rythme créé au montage, ainsi que la musique sont au service d’une façon de raconter l’histoire. L’image peut aussi se trouver chargée de valeurs et de sens différents selon la manière dont elle s’exprime et donc permettre la bascule d’un univers à l’autre. Cette symbolique du passage d’un monde à l’autre est aussi la représentation du passage à l’âge adulte. Cette étape est encore célébrée chez de nombreux peuples par des rituels alors qu’ en Occident et en Europe on se demande comment s’exprime encore cette phase? (Hier, le service militaire représentait-il une forme de reconnaissance de l’Etat envers le jeune devenu adulte ?  Aujourd’hui, le baccalauréat ? Le permis de conduire ? Les adulescents victimes du syndrome de Peter Pan ont-ils manqué de cette représentation symbolique ?)


     Le film post-apocalyptique a également été à l’honneur avec La route de Cormac McCarthy. François a dû mettre sa lecture en pause du fait de la tension du roman et du malaise croissant avec les atrocités rencontrées par le héros alors que Jean-Réol et Raphaël ont discuté de la trame du récit en se demandant si cela allait crescendo dans l'horreur ou si au contraire le romancier jouait sur la montée par pallier en alternant tension et détente. Pour Raphaël, c’est grâce à l'interprétation de Viggo Mortensen que le film fonctionne. Il semblerait que le film aurait gagné en intérêt si le réalisateur s’était engagé avec un véritable point de vue cinématographique au lieu de ne faire qu’une mise en image du film. Par exemple Orange mécanique d’Anthony Burgess réalisé par Stanley Kubrick ne peut laisser indifférent. 


                                                            

    

 Je suis sortie du fantastique et du film d’anticipation pour entrer dans la quête personnelle et politique du Che avec le film Carnets de Voyage de Walter Salles.
Le film a eu un grand succès auprès du public et des critiques. La prestation de l’acteur Gael Garcia Bernal dessine les traits d’un Ernesto Guevara sensible, humain, honnête laissant présager de son avenir légendaire aux côtés des plus faibles. Son compagnon de route joue davantage dans un registre de bon vivant, roublard et dont l’appétit sexuel n’est plus à démontrer. Parcourant, tel Don Quichotte et Sancho Panza, les paysages sublimes d’Amérique du Sud sur une moto méthodiquement rafistolée au fil de fer, nos héros font eux aussi leur passage à l’âge adulte dans ce film aux allures de road movie. Deux ouvrages sont à l’origine du film : voyage à motocyclette  d’ Ernesto Guevara et  sur la route avec che Guevara  d’Alberto Granado.  A la lecture du premier livre, le carnet de voyage du Che, je note un véritable point de vue cinématographique de la part du réalisateur, mais peut-être trop consensuel, visant plus les trophées que le désir de témoigner de la révélation politique du Che. Car c’est bien de cela qu'il s’agit. D’un simple carnet de voyage de deux argentins issus de la petite bourgeoisie, dont les principales préoccupations sont de faire un voyage à travers le pays, en trouvant de quoi de nourrir et se loger à moindre frais, sans oublier de vérifier ce qu’on dit sur les latino-américaines,  on bascule vers une vraie prise de conscience de la misère humaine. L’injustice sociale est criante dans le regard de ces populations indigènes en perte de repères, prisonnières de l’alcool et de la feuille de coca. La civilisation indienne n’a pas pu résister aux puissances armées des conquistadors. Nos héros du livre vont alors à la rencontre des gens, cherchent à comprendre la situation sociale et politique du pays à l’époque, découvrent les enjeux des exploitations des sols riches en minerais. Ils se moquent de l’Eglise mais constatent son emprise sur les habitants. La clef est l’éducation, c’est elle qui permettra aux peuples d’Amérique du sud de retrouver sa dignité perdue.
Cette prise de conscience politique n’apparaît qu’en filigrane dans le film alors que c’est l’essence même du livre. Les problèmes soulevés sont encore terriblement actuels.
C’est un choix du réalisateur qui a préféré traiter cette histoire sous le prisme de l’élégance et du politiquement correct. Est-ce pour donner envie aux spectateurs d’aller plus loin en lisant la véritable épopée du Che ?


Che Guevara: Un homme qui a marqué l'histoire                                        



Toute cette soirée nous avons donc parlé livres, cinéma et de la vie.

D’abord, entre le roman et le cinéma :
Il s’agit d’une rencontre. Une rencontre entre un auteur et un cinéaste. Le roman porte une idée, le cinéaste aura envie de la partager en la portant à l’écran. Enfin, le public va à la rencontre d’un auteur grâce au cinéma ou d’un réalisateur grâce au roman.
Au cinéma comme dans les livres on nous raconte des histoires en jouant avec les mots, les images, toutes sortes de leviers  dont on ne connaît pas toujours les secrets.
Mais le cinéma est aussi un puissant moyen d’information, il doit rester un acte de résistance et non de propagande.
Qu’est ce qu’une adaptation ? Comme son nom l’indique, c’est une sorte de transposition personnelle. A un moment donné il y aura donc  la rencontre d’une histoire et d’un individu puis son traitement pour qu’elle soit rendue publique (sur scène, sous forme de composition musicale, à l’écran …). L’adaptation par principe ne peut être objective puisqu’elle se fait  à travers le prisme du réalisateur, du metteur en scène, du compositeur. Elle sera donc un point de vue naturellement non universel.


Et puis il y a  eu beaucoup de digressions :
Il a été question de littérature avec Romain Gary, Zafon, Aldous Huxley, Albert Camus, d’enseignement et d’éducation par ces temps de baccalauréat, de réforme des collèges, et de la persistante inégalité devant l'éducation.

C’est certain, l'esprit "estaminet culturel" a bel et bien plané sur Le Verger ce soir là. Et il y avait encore tant de choses à dire que, devant le bar, prêts à partir, un vélo avec le phare encagoulé pour les uns, un polar de Cormac McCarthy sous le bras pour les autres, a été décidée une soirée Cinéma et Littérature II le vendredi 19 juin à 19h (on demande Truffaut, Jules et Jim au bar )

Donc au menu pour la prochaine édition du café littéraire mon premier est un livre…  il y aura des bières, du cidre, des tartines délicieuses, l’accueil chaleureux de François, l'esprit slave et la Russie d'Elena, des clients au bar, des enfants avec ou sans  trou dans le pantalon peut-être, une belle soirée d'été surement !