vendredi 13 mai 2016

Le prix Bd SES en bulles c'est quoi ?

Des nouvelles du prix Bd "SES en bulles"


En partenariat avec la bibliothèque de Le Verger, le café littéraire du vendredi 1er avril avait mis à l'honneur la bande-dessinée sociale et engagée en mettant au centre des débats les huit albums de la sélection du premier prix des lycéens de la bande-dessinée de SES (Sciences Economiques et Sociales).

Pour rappel, se trouvaient dans cette sélection les albums Le Photographe (E. Guibert et D. Lefèvre), Le combat ordinaire (M. Larcenet), LIP, des héros ordinaires (L. Galandon et D. Vidal), Riche, pourquoi pas toi ? (M. Montaigne), La Survie de l'espèce (G. Maklès et P. Jorion), De l'autre côté (L. Prudon), L'Arabe du futur (R. Sattouf) et Les mauvaises gens (E. Davodeau).

Après une année riche de lectures et d'échanges, 17 classes ou groupes de 13 lycées de Bretagne ont participé au vote final. Le lauréat de l'édition 2016 est donc L'Arabe du futur de Riad Sattouf. Plus que les origines rennaises de l'auteur, c'est le récit à auteur d'enfant d'une vie au Moyen-Orient qui a enthousiasmé les élèves.

              Afficher l'image d'origine


Le Combat ordinaire (M. Larcenet) et Riche pourquoi pas toi ? (M. Montaigne) prennent les 2e et 3e place du podium.

Nous ne pouvons que vous encourager à (re)découvrir les albums de cette sélection, à lire les suites du Combat ordinaire (série de 4 tomes), du Photographe (3 tomes) et de l'Arabe du futur (3e tome en préparation) et à découvrir les autres albums des auteurs de cette année 2016.

Rendez-vous est pris pour l'année prochaine, avec une sélection qui sera présentée aux lycéens en septembre.

Bonnes lectures et bonnes bulles à tous

Raphael Dubreux

mardi 15 mars 2016

Thème libre - vendredi 4 mars 2016

Réunion du vendredi 4 mars 2016

   Peut-on échapper à son propre style ? Pourquoi le vouloir d'ailleurs ? Peut-être pour fuir la fatigue d'être soi, de savoir parfaitement à l'avance de quelles ficelles nous allons encore (ab)user. C'est sans doute un peu pour cela que des écrivains, des cinéastes, des peintres se sont fixés des contraintes. A la manière de Georges Perec qui a écrit le roman La Disparition sans le moindre "e". Alors la contrainte devient liberté,car elle permet d'explorer des territoires inconnus. Sortir de ses habitudes. De ses facilités. De ses artifices.

   Pour ce nouveau compte rendu du café-littéraire qui avait pour thème "livre du moment" (donc une absence totale de thème), j'aimerais échapper à mon style. Vous en dispenser.

   Cela suppose :
1/ d'arrêter le bavardage narratif, et de ne plus chercher la perfection de la prose ;
2/ d'abandonner les références sociologiques, littéraires, cinématographiques... qui en toute franchise ne sont là que pour afficher du capital culturel ;
3/ de ne pas produire une dissertation pour initiés, mais un texte accessible à toutes et à tous.

   Vu le premier paragraphe c'est mal parti... Essayons pourtant.

   Voilà deux règles qui, en complément de ce qui précède, encadreront ce compte rendu :
1/ pas de brouillon, pas de structure, un seul jet directement sur le site. Ne pas soumettre le compte rendu à mes pairs, ne pas tricher, pas de filet. De toute façon personne ne lira... ou presque.
2/ ne pas utiliser les notes compilées pendant la soirée. Seulement en fin de texte pour lister les livres cités et leurs auteurs.

   Je commence.
Je me souviens des absences de Delphine et de Geneviève. Résultat : Gaëlle était la seule femme à bord du P'tit bonheur. Enfin à notre table. Dans ce monde masculin, la grâce d'une cuillère mélangeant un chocolat chaud a fait du bien. Tristan et Stéphane H. étaient déjà là. De mon côté j'arrivais avec Efisio avec un peu de retard. Puis le vieux qui lisait des romans d'amour nous a rejoint ainsi qu'Aymé. Je l'ai honoré d'un clin d’œil cinématographique qu'il a immédiatement saisi. Aymé est exactement mon genre : discret, attentif, cultivé, fin, fidèle. Il n'y a pas que les cuillères  qui ont droit à mon attention.

   J'ai lancé Tristan sur le roman qu'il avait emprunté à la bibliothèque. Je n'ai plus l'auteur ni le titre et cela m'apprendra à écrire sans mes notes. Tristan était donc de retour après deux cafés manqués pour cause de théâtre. C'était comme s'il avait été toujours là. Son roman parle de la confrontation entre culture druidique et religion chrétienne au Moyen-Age. Le personnage principal est un enfant qui cherchera à concilier les deux mondes, les deux univers de croyances. Je sais qu'Efisio et Stéphane ont longuement rebondi, en particulier sur un cycle de bouquins sur la quête du Graal. Les lèvres trempées dans ma bière j'écoutais attentivement pendant que Tristan nous faisait partager sa lecture avec enthousiasme. François a réussi à nous rejoindre pour évoquer un roman russe teinté d'absurde et de culture ukrainienne. L'auteur au nom très court ne fait pas partie de mes références habituelles, car il s'agit d'un romancier contemporain. Il est question dans son histoire d'un chat et de drôles d'aventures. Une discussion s'ensuit sur la culture et la littérature slave. Le même auteur a écrit des romans avec des pingouins dans le titre. Deux romans aux titres extraordinaires, du style "Les pingouins n'ont jamais froid". Il n'y a aucune raison que je les ai retenus avec exactitude bien sûr, et pourtant j'adore les romans russes. Je ne suis pas le seul autour de cette table d'ailleurs. Je suis bien dans ce bar où se côtoient buveurs d’alcools et buveurs d'encre. Ce lieu est désormais habité d'une douce et modeste utopie.

   Stéphane a réussi à nous parler de nouvelles de Sepulveda. C'est dingue, c'est sûrement le seul nom d'auteur que je citerai. Il n'a pas lu les nouvelles et s'appuie sur le quatrième de couverture pour nous parler d'un assassin à qui il arrive je ne sais plus quoi. Où d'un commissaire ? Je me souviens par contre que les premières phrases d'ouverture des histoires de Sepulveda sont pour Stéphane de véritables bijoux d'orfèvre. La cuillère au chocolat taquine et me souffle qu'il va réussir à tenir la parole pendant de longues minutes sans avoir lu la moindre ligne. Mais mon compagnon de films japonais du soir est déjà pardonné, car nous savons tous que nous ne pourrons plus jamais écumer les librairies sans nous attarder longuement sur le rayon des auteurs à la lettre "S". Des tigres et des assassins coulent pour toujours dans mes veines. Pour Efisio, c'est l'Italie qui fait battre son cœur. Et Dante. Et Umberto Eco avec Le pendule de Foucault.  Si la mémoire est plus précise, c'est parce qu'Efisio m'a mis sous le nez quelques pages écrites sur les femmes. Une réflexion sur les nombres et la religion aussi je crois. Je n'ai jamais lu U. Eco, décédé depuis peu, car j'ai peur de son érudition. C'est idiot mais c'est comme ça. Qui se moquera des gens qui ont peur des livres ?

   Tristan, François, Stéphane, Efisio, La suite, c'est peut-être Gaëlle qui s'en est chargée. Plusieurs livres. De la poésie forcément. Un titre d'un auteur (portugais ?), Fernando Pessoa, L'intranquillité... de quoi déjà ? J'oublie les titres des livres de Gaëlle, c'est malin.  Foutue règle ça me démange de prendre les notes.  Par contre, son roman sur une chronique sociale me revient. Un immigré espagnol installé en Bretagne fait fortune et transmet l'affaire - le commerce de fruits et légumes ? - à ses descendants. Histoire d'un homme terne qui ne parviendra pas à marcher dans les traces sublimes de son illustre grand-père. Titre et auteur se sont envolés dans les vents du Finistère. Stéphane H. Nous sort un livre de SF digne de lui. De la SF ambitieuse sous la plume de Barjavel. Ce n'est pas Ravages, ni Le grand secret. Des scientifiques découvrent au fond de l'Arctique (de l’Antarctique ?) les ruines d'une civilisation engloutie. Un homme et une femme nus, congelés. Rien que ça. Revenus à la vie, ils racontent leur histoire. Un dilemme je crois : faut-il utiliser les armes extraordinaires que possédait cette civilisation ? Barjavel interpelle son temps : les débuts d'une conscience écologique, les armes nucléaires, les utopies juste avant mai 68. Stéphane était déçu que nous n'empruntions pas ses bouquins. Comme des conseils de lecture qui se seraient perdus au fond de l'Arctique en attendant qu'on les retrouve. Je lirai pourtant ce roman de Barjavel Stéphane, dans un mois, dans un an ou dans vingt ans. Je le sais car tu m'as donné envie de le lire et je le retrouverai forcément en errant dans une braderie. Tout me reviendra alors : le café, la nuit, ma bière, Dante, les tigres, les pingouins, Brocéliance, l'intranquillité de mon style.

   J'ai présenté un western écrit par une auteure et j'y tiens car je ne lis pas assez de plumes féministes. Faillir être flingués de Céline Minard. Si vous aimez les grands espaces américains, la conquête de l'ouest, les villes en ébullition, les saloons, les indiens... et un vrai style littéraire, alors ce roman est  fait pour vous. Dans un mois, dans un an ou dans vingt ans. Je me souviens d'une discussion sur la notion de roman classique. Je crois que Gaëlle associait ce mot au XIXe, et je crois avoir dit que ce qui est classique c'est ce qui reste, ce qui marque de son empreinte... Je dis que je voudrais lire des romans qui sont ou qui deviendront vite des classiques. C'est vrai et terriblement prétentieux. Aymé a mis tout le monde d'accord avec un roman, un récit plutôt, d'Hemingway sur Paris. Nous lui avons dit que ce livre s'était arraché dans les librairies parisiennes après les attentats de janvier ou de novembre. Il ne le savait pas. Aymé lit Hemingway parce qu'il lit les grands auteurs classiques qu'il aime (comme R. Gary) et non parce qu'il suit une mode. Je vous l'ai dit : un type fiable.

Raphaël

Conseils de lecture :

L'hérétique de Brocéliande, de Claude Lafargue (Tristan)
Laitier de nuit, d'Andrei Kourkov (François)
Journal d'un tueur sentimental, de Luis Sepuveda (Stéphane)
Natalia, de Liliane Guignabodet et Le pendule de Foucault d'U. Eco (Efisio)
[J'ai complètement oublié ce roman sur l'émancipation d'une femme dans la Bulgarie de la fin du XIXe au milieu du XXe pardonne moi Efisio]
Fruits et légumes d'Anthony Palou et Le livre de l'intranquillité de F. Pessoa (Gaëlle)
La nuit des temps, de Barjavel (Stéphane H.)
Faillir être flingué, de Céline Minard (Raphaël)
Paris est une fête, d'E. Hemingway (Aymé)



jeudi 18 février 2016

L'errance et la littérature de voyage - vendredi 5 février 2016

Réunion du vendredi 5 février 2016

      Réunis autour d’un nouveau thème que tout le monde n’avait pas forcément eu le temps d’apprivoiser, nous nous sommes une fois de plus rendus compte à quel point il était riche de s’ouvrir aux lectures des autres. Sortir un peu des sentiers battus. L’idée d’une « littérature vagabonde » avait germé dans l’esprit de Gaëlle lors d’une soirée chez Stéphane. Littérature porte-voix des invisibles, récits des écrivains-voyageurs, périples intergalactiques ou rêveries de promeneurs plus ou moins solitaires, les chemins de l’aventure et de l’errance étaient ouverts aux quatre vents pour cette nouvelle soirée pleine de promesses. Ceci d’autant plus que François était des nôtres dès le premier verre. Cool. Jusqu’au dernier verre aussi. Yes he can !


            La première piste suivie nous a emmenés du côté des contes et fictions qui confrontent un personnage romanesque à la nature, au monde sauvage et à lui-même. Si l’Odyssée peut être considérée comme l’archétype de la littérature de l’errance, au moins autant que Don Quichotte de Cervantès et de trois ou quatre autres romans majeurs dont j’ignore encore l’existence ; c’est en courant après un lièvre que nous avons entrepris notre premier périple. François ne l’avait pas laissé échapper de sa cuisine, mais du roman finlandais d’Arto Paasilinna : Le Lièvre de Vatanen. Dans ce « roman d’humour écologique », nous découvrons un journaliste qui plaque Helsinki et la civilisation pour suivre un lièvre à travers les forêts finlandaises jusqu’au cercle polaire. Lâché en pleine nature, ce duo de choc illustre une renaissance : celle d’un homme découvrant qu’il est grand temps de vivre et de se révéler à lui-même. Grand succès dans les pays nordiques, souvent conseillé à la jeunesse, ce livre nous a mis en appétit. Stéphane nous a proposé un autre vagabondage en compagnie du monde animal avec Le merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf. Ce classique venu de Suède fut adapté en dessin animé et diffusé sur les chaînes françaises dans les années 80. Un gamin de ferme particulièrement méchant avec les animaux est rétréci par un Tomte, créature du folklore nordique. Il accompagnera une migration d’oies sauvages sur le dos du jar qu’il maltraitait dans sa ferme. L’un et l’autre devront s’entraider pour effectuer ce long voyage et respecter des règles collectives dont ils ignorent tout. Récit initiatique, ce conte pose aussi la question du moment délicat où l’on doit abandonner le monde de l’enfance pour prendre sa place parmi les adultes et faire face à ses responsabilités. Nils grandira et devra vivre parmi les hommes. Mince mon fils aussi…Delphine en a profité pour nous conseiller L’enfant et les sortilèges de Maurice Ravel. Geneviève avait l’air de connaître. Hmm. Moi pas du tout. Mon premier est un livre… mon second est une fantaisie lyrique.

                                 Afficher l'image d'origine         Afficher l'image d'origine


Cette incursion dans le romanesque s’est orientée vers d’autres pistes que le voyage initiatique. Avec Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil d’Haruki Murakami, Stéphane nous propose cette fois une errance du sentiment amoureux. Dans ce roman japonais, un jeune garçon, Hajime, vit une relation amoureuse et sensuelle avant de perdre la jeune fille de vue en raison d’un déménagement. Alors qu’il est installé dans la vie, il la retrouve dans son bar une vingtaine d’années plus tard. Son souvenir n’avait cessé de l’accompagner, et il croyait même l’apercevoir certains jours de pluie. Murakami nous embarque dans la quête d’absolu de son personnage. Sous un angle différent, Stéphane H. nous a rappelé au bon souvenir de Robert Heinlein. Dans Au-delà du crépuscule nous suivons la vie et les amours d’une femme qui à 100 ans va se voir offrir une seconde jeunesse. Bien que ce récit de SF permette à Stéphane H. de revenir à la charge sur le thème précédent de la vieillesse – sur lequel on pourra lire Une vie en plus, la longévité pourquoi faire ? de J. De Rosnay et J-L Servan-Schreiber – il s’agit aussi de l’errance d’une héroïne à travers plusieurs univers parallèles. Sa présentation de Philipp José Farmer, autre auteur de SF, a fait bondir Gaëlle sur le sexisme de son livre Le Monde du fleuve. La discussion s’est alors animée sur la place des femmes dans la littérature et sur la SF comme genre très masculin. Moi qui en était resté au débardeur de Ripley dans Alien et à Barbarella, j’avoue que je n’ai pas bien compris ce procès d’intention… Il existe en tout cas une auteure de SF que Stéphane H., fin spécialiste de littérature de genre, nous conseille : Ursula K. Le Guin. Son récit Terremer a été porté à l’écran par Goro Miyazaki. Si tous les chemins mènent aux Miyasaki alors ne nous privons pas ! Pour Rome, nous verrons plus loin.


                    Afficher l'image d'origine                      Afficher l'image d'origine

La deuxième piste importante que nous avons empruntée fut celle des récits des aventuriers-voyageurs. Efisio s’est ainsi souvenu d’un récit de survie à travers la Russie bolchevique et la Mongolie : Bêtes, hommes et dieux de Ferdynand Ossendowski. Internet m’indique qu’il s’agit d’un « livre-culte de la littérature d’aventure vécue ». Je ne fais pas toujours confiance à Internet, mais à Efisio si. Voilà un nouveau livre qui s’installe dans une file d’attente déjà richement garnie. Restons à l’Est avec un récit de Sylvain Tesson que François nous recommande : L’axe du loup. Il s’agit pour l’auteur de parcourir par ses propres moyens l’itinéraire des évadés du goulag, camps de concentration de la Sibérie où étaient envoyés les dissidents de l’ère soviétique (toujours d’actualité par ailleurs dans la Russie de Poutine, demandez aux Pussy Riot). La route ? Russie-Mongolie-Chine-Bhoutan-Inde. Les références cinématographiques fusent, et Aymé n’est pas le dernier à sortir la pellicule : Les chemins de la liberté de Peter Weir et Derzou Ouzala d’Akira Kurosawa.  Mon premier est un livre… mon deuxième est un verre, mon troisième est un film, mon quatrième est une digression venue de nulle part, et mon tout est un vendredi soir sur la terre. Bien que Delphine ait tenté d’arracher son livre à toutes les cases que je lui ai tendues, La vie errante de Maupassant trouvera parfaitement sa place dans ce tour d’horizon de vagabondages vécus. Delphine donne la parole à Guy pour mieux nous imprégner de l’œuvre : « J’ai quitté Paris et même la France parce que la tour Eiffel m’ennuyait ». Nous sommes plongés dans l’exposition universelle parisienne de 1889 et Guy de Maupassant se fatigue de la modernité de son temps. Il souhaite retrouver l’art véritable, notamment l’architecture de la Renaissance et de l’Antiquité. Moi je ne trouve toujours pas ce que l’on reproche à la Dame de fer, une lointaine cousine du thatchérisme ne peut qu’inspirer de la sympathie, non ? Bon Maupassant boude, prend son bâton de pèlerin et s’en va vers l’Italie, la Sicile, l’Algérie, la Tunisie. Europe du Sud, Afrique du Nord, Orient et… nostalgie des temps anciens ? Non, nous souffle Delphine, plutôt une confiance inébranlable dans la beauté éternelle de certains monuments, de la nature et des paysages (pour toi Stéphane). Finalement une lointaine filiation avec Dominique A qui supplie comme Maupassant « Rendez-nous la Lumière, rendez-nous la Beauté, le monde était si beau, et nous l’avons gâché… ». La fin du livre invite à une réflexion sur l’islamisme et l’endoctrinement à l’époque de l’auteur. Pour Delphine c’est un parallèle saisissant avec ce que nous vivons.

              Afficher l'image d'origine                 Afficher l'image d'origine

Une piste chaude comme un soleil d’Orient ne peut pas se dérober aux chasseurs de lectures que nous sommes. Gaëlle a donc repris le fil de ces carnets de voyage (avec cette case je joue ma vie, sachez-le) pour nous emmener vers plusieurs essais et peintures sociales de nos sociétés dites modernes. D’abord avec Jack Kerouac forcément. Comment vous n’avez jamais lu Kerouac ? Ne vous inquiétez pas moi non plus. Dans L’Homme politique de gauche en voie de disparition, non pardon erreur de fiche : dans Le Vagabond américain en voie de disparition, l’un des témoins mythiques de la Beat generation nous propose une réflexion sur le devenir des vagabonds dans une société de plus en plus policée, modernisée et corsetée. Kerouac avait vu juste : il n’y a plus de vagabonds aujourd’hui, il n’y a que des clochards, des SDF (tiens vous écouterez Leprest) ou des migrants. Des caméras de surveillance, des murs de barbelés, des camps de réfugiés. Le vagabondage est une promesse de liberté qui s’est perdue. Ce texte s’accompagne de Grand voyage en Europe, récit dans lequel l’auteur nous décrit au grès de ses balades à travers l’Europe et la méditerranée les charmes de Tanger, paysages de Cézanne, promenades dans Paris, éblouissement devant les brumes de Londres… Un vibrant plaidoyer pour le droit à l’errance appuyé par des références à Virgile, Benjamin Franklin ou Walt Withman. Ayant peur que nous mourions de faim Gaëlle nous a amené La Dame à la camionnette d’Alan Bennett et un livre de son auteur fétiche, Colum Mc Cann, Les saisons de la nuit. Ce journaliste et romancier d’origine irlandaise donne la parole aux invisibles, aux « sans-voix » dans un roman à la forme polyphonique et transhistorique. Je ne connaissais pas Colum Mc Cann mais la collection 10/18 oui, c’est pourquoi je me suis dandiné sur mon siège avec l’air de celui qui est « au parfum ». Sans rire, tout cela dégage des effluves orwelliennes, londonniennes et kenloachiennes (si si scrabble !) auxquelles il sera difficile de résister. Puisque vous avez tout lu jusqu’ici vous avez droit à une petite référence cinématographique (n’insistez pas, une seule) : L’épouvantail de Jerry Schatzberg avec Gene Hackman et Al Pacino colle parfaitement avec ces thématiques sociales.

         Afficher l'image d'origine      Afficher l'image d'origine      Afficher l'image d'origine

Afficher l'image d'origine
L'épouvantail (extrait)
Efisio n’avait pas choisi précisément un roman par rapport au thème retenu, mais nous allons voir qu’il ne s’en est pas si éloigné que cela finalement. Dans Secretum de Rita Monaldi et Francesco Sorti nous plongeons dans Rome en 1700, année du Jubilé, dans les jupes d’un abbé, ancien castrat, espion, diplomate et intriguant à la solde de Louis XIV. C’est dans une ambiance de fêtes, de complots divers et de corruption que nous assistons au nœud de la succession du trône d’Espagne (Charles II est mourant), que le pape Innocent XII doit arbitrer. Vieux conflit entre les Hazbourg (Autriche) et les Bourbons (France) si je ne me suis pas trompé sur la couleur des maillots… Dans ce roman historique le personnage fictif, bras droit de l’abbé Atto Mélani, sert de guide au lecteur et se charge de sauver un semblant de morale. Nous y voilà. S’il s’agit d’errance ici, c’est de celle de l’Eglise et de la foi. La religion prise dans les mailles du politique, de l’enrichissement personnel et des passions. Vous voyez le tableau. Il faut savoir, et je l’apprends avec vous, que le Jubilé est synonyme d’Année sainte dans l’Eglise catholique romaine. Wikipédia (ouah un prof sur Wiki,vas-y l’autre !) nous précise chastement que « L'Année sainte est donc un temps de conversion, de pénitence, de pardon et de rémission des peines temporelles encourues pour le péché. C'est aussi, par conséquent, une année de liesse et d'action de grâce. » Le premier Jubilé catholique a eu lieu en 1300, le dernier en 2016, décrété par le pape François. Efisio nous assure que le roman se lit d’une traite. Stéphane H. est partant, et se donne pour défi de lire tous les livres que nous avons présentés pour la prochaine fois. Pour moi qui aie déjà deux fois reporté la date de retour du roman que j’ai emprunté à la bibliothèque, ce sera l’extrême onction s’il vous plaît.

                  Afficher l'image d'origine                  Afficher l'image d'origine 

Nous parvenons au terme de ce vagabondage, et il me reste à vous évoquer un article intitulé Le thème de l’errance chez les Romantiques allemands. Pour une fois j’avais l’ambition de creuser un peu le thème sur un plan plus théorique, plutôt que de parler d’un bouquin précis. Il faut avouer que cette « communication » de Georges Thines à la séance mensuelle du 12 décembre 1987 de l’Académie Royale de Langue et de Littérature Française avait tout pour déclencher la hola dans le bar de François. D’ailleurs quand Aymé s’est levé pour reprendre un verre j’y ai cru… J’ai dû être brouillon car je n’avais pas relu l’article plusieurs fois. Alors je vais le mettre en lien hypertexte (ici) et me contenter de ce passage qui m’a beaucoup plus, car il propose une définition intéressante de l’errance (p.2) :

« Le voyage est donc à la fois exploration de l’extériorité et de l’intériorité. L’angoisse n’est plus celle que suscite un monde inconnu ; c’est celle d’un sujet qui se sonde et découvre en lui-même des profondeurs ignorées. Comme le voyage intérieur ainsi entrepris n’a pas de terme assigné, il se transforme bientôt en une recherche sans but, elle-même génératrice d’une nouvelle incertitude : le voyage prend alors la forme de l’errance. Celle-ci constitue un thème majeur chez les Romantiques allemands. Le Wanderer est une figure importante de la poésie et de la prose de cette époque, il en est même en quelque sorte le symbole principal. Nous le retrouverons dans la musique [pour toi Delphine si t’es toujours là], chez Beethoven et chez Schubert en particulier ; nous le retrouverons aussi dans la peinture d’un Caspar David Friedrich. »

           Afficher l'image d'origine               Afficher l'image d'origine
Deux tableaux de Caspar David Friedrich

Si j’ai perdu quelqu’un c’est que le but est atteint. Je vous laisse errer entre ces lignes jusqu’à la délivrance du prochain café littéraire.

Raphaël

PS : comme nous promenons avec nous les souvenirs vivaces des différents thèmes abordés par le café littéraire, il nous arrive de retrouver des perles qui viennent naturellement s'ajouter aux colliers et coquillages qui composent nos trésors littéraires. Voici donc quelques ajouts sur le thème de l'errance :

- Anatomie de l'errance de Bruce Chatwin (proposé par François)